IMAGE ET POÈME (AVRIL 2009)

"Des nouvelles de l'Olympe"

(Nouvelle de Daniel Lambey)

Mélétê et Calliopê, tes soeurs en grâce de l'Hélicon, jalouses de la radiante association de ton oeil vif et de ta main légère, se sont retirées, enragées ; elles vont - c'est sûr - se plaindre à Zeus de n'avoir pas, elles, été autant dotées que toi. Elles sont neuf, tu le sais, et reçoivent depuis ... Piéros - c'est te dire ! - jusqu'aujourd'hui, radieuses avec simplicité, les hommages qui leurs sont dus et les offrandes des artistes.

Et soudain, voici qu'Apollon illumine sous leurs yeux assombris, incrédules, l'ouvrage d'une rivale, non pas née de la cuisse de Jupiter, ni grandie parmi les Grâces, ni même jaillie des rêves d'Aphrodite, mais d'une humaine fragile et qui tient le Calame comme Terpsichore la Lyre, comme Eutherpe la Flûte ou Uranie les constellations ! Et te voilà élue par l'Olympe même au rang de dixième muse !

Envieuses, te dis-je, elles le sont toutes ; interdites... et dépitées, elles font grand bruit, piétinent leurs instruments, refusent de chanter et renvoient à leur piètre mémoire les poètes figés devant leur page blanche. Grand tumulte dans l'Olympe, inouï depuis Homère, mais audible de Delphes à Olympie, de Cythère jusqu'à l'Épire, de Corynthe jusqu'à
Samos ! L'harmonie, que la routine et la tradition entretenaient, vole en éclat et Apollon lui-même doute avec Mars d'un retour prochain de la paix. C'est vers l'astucieux Mercure que chacun se tourne, lui que tous supplient de trouver le stratagème salvateur qui adoucira l'émoi outré et la colère de nos Muses ; inconsolables, soudain vieillies, sans relief, dédaignées, réduites à une sorte de figuration chez les divinités, voyez, elles versent des torrents de larmes aux pieds de Zeus assourdi, en exigeant justice !

"Les brumes de Rio"

mfr699 (mfr699)

© 2010, Marie-France RIVIERE.

La Terre, cette pauvre création du ciel, voici donc qu'elle rivaliserait ! Où va l'Olympe s'il n'est plus le seul recours, la référence inégalable et l'aboutissement du destin ? Où va l'Olympe si l'Académie est impuissante à gérer à sa guise les arts majeurs, sans autre avis que du divin ? Le graphe, il est vrai, qui ignore les Muses, inquiétait un peu ; mais, porté ou non aux nues, tant qu'il se plaisait à fixer la mémoire, Zeus n'y voyait que l'inspiration des dieux. Et voilà maintenant qu'il prétend, sans avis, sans égard, recréer le réel, lui redonner des couleurs, replacer le fixe dans le mouvement, retracer à son gré le contour des monts et des mers, relocaliser la vie-même !

L'éclair des emportements de Zeus, le voici transmuté en éclair de génie, et au profit de qui ? Du graphe humain ! Décidément, il devient temps de laisser Neptune engloutir le séjour des iconoclastes que ni la leçon de Prométhée, ni celle de Pandore, n'ont suffi à assagir ...

Jalousie, te dis-je, vile envie et dépit !

    ©  2009, Daniel Lambey.

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